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Sécheresse : les habitants se serrent la vis. Et Nestlé, combien pompe-t-il ?

Pelouses, piscines, lavage des voitures : dans la Plaine des Vosges, les interdictions sont précises. Mais quelles économies d’eau sont réellement imposées à Nestlé Waters ? Plusieurs sources disent avoir demandé des explications à la préfecture, sans réponse. Derrière les textes, une question demeure : quels efforts pour l’embouteillage ?

À Vittel et Contrexéville, la crise sécheresse continue. Pendant qu’une partie du département bénéficie d’un assouplissement, le bassin de la Meuse amont reste sous restrictions. L’arrêté du 29 septembre couvre notamment Vittel, Contrexéville, Neufchâteau et Lamarche jusqu’au 31 octobre 2026. [1]

Pour les habitants, le message est clair : pas de lavage de voiture à domicile, pas de remplissage ou de remise à niveau d’une piscine privée non collective, pas d’arrosage des pelouses, sauf exceptions. Même le potager a ses horaires : arrosage interdit entre 9 heures et 20 heures. L’eau de pluie récupérée relève, elle, d’un régime distinct. [1]

Mais à côté des jardins privés, il y a les captages industriels. Et là, connaître l’effort réellement demandé devient beaucoup plus compliqué.

L’eau en bouteille bénéficie d’une exception

Un détail réglementaire mérite d’être connu : les eaux minérales naturelles entrent dans une catégorie exemptée de la réduction nationale de 25 % prévue, au niveau crise, pour certaines installations industrielles.

Cette exception figure dans l’arrêté ministériel du 30 juin 2023, modifié en 2024. Elle concerne les installations nécessaires aux eaux conditionnées, et pas uniquement Nestlé. [2]

De quoi nourrir l’incompréhension : un habitant voit immédiatement ce qu’il doit arrêter. Pour l’embouteillage, il faut aller chercher dans plusieurs textes pour comprendre les contraintes.

Cette exemption nationale ne signifie cependant pas que Nestlé pourrait prélever sans limites. Les prescriptions locales restent applicables et l’administration conserve des moyens d’action. [2]

Le préfet a des leviers. Lesquels a-t-il utilisés ?

Les arrêtés de 2022 encadrant les prélèvements de Nestlé Waters Supply Est dans les gîtes hydrominéraux A et B prévoient expressément le cas d’une sécheresse.

Ils comportent des plafonds mensuels saisonniers, imposent l’application des prescriptions préfectorales et permettent des restrictions temporaires exceptionnelles des prélèvements industriels selon l’état de la nappe et sa surveillance. [3]

La possibilité de serrer davantage le robinet existe donc dans ces textes.

Ces autorisations anciennes ne suffisent pas à reconstituer toutes les règles en vigueur en 2026. Mais elles rendent une question incontournable : quelles mesures supplémentaires ont été prises pendant cette crise, sur quels captages et avec quelle baisse des volumes ?

Les documents consultés pour cet article ne permettent pas d’en dresser le bilan.

« Et Nestlé ? » : des questions que plusieurs sources disent laissées sans réponse

Plusieurs témoignages transmis à Vosges Soir font état de demandes d’explications adressées à la préfecture et qui seraient restées sans réponse. L’une remonterait au début du mois d’août 2026.

Une capture du texte d’une demande résume les interrogations : Nestlé fait-il l’objet de restrictions spécifiques ? Sur quels fondements ses prélèvements se poursuivent-ils ? Quels volumes ont été prélevés depuis le 17 juillet ?

La capture consultée ne comporte pas de justificatif d’envoi daté : elle ne permet donc pas de vérifier, à elle seule, la réception du message ni l’absence de réponse.

Ces témoignages doivent être distingués des faits établis. Mais les questions posées touchent directement au partage de l’effort pendant la sécheresse.

Les économies d’hier ne disent pas combien on pompe aujourd’hui

Nestlé Waters met en avant, sur son site, une baisse de 23 % de ses prélèvements sur les nappes du territoire de Vittel entre 2010 et 2022. L’entreprise évoque également une demande de diminution de son autorisation sur la nappe des grès du Trias inférieur. [4]

Ces chiffres décrivent une évolution historique présentée par le groupe. Ils ne donnent pas les volumes prélevés pendant la crise de 2026. Et les nappes sont différentes : les données concernant les GTI ne décrivent pas tous les captages.

Une baisse sur douze ans ne répond pas à la question de l’effort fourni cet été.

Des interdictions précises méritent des réponses précises

La poursuite de l’embouteillage ne prouve ni l’absence de restrictions ni une infraction. Pour juger l’effort demandé à Nestlé, il faut les volumes réellement prélevés, les plafonds applicables, les éventuelles réductions supplémentaires et les résultats des contrôles.

Ces éléments permettraient de sortir des soupçons comme des discours rassurants.

Car demander aux habitants de renoncer à certains usages, puis laisser difficilement lisible l’effort des grands préleveurs, alimente forcément les questions.

Pour les particuliers, les interdictions tiennent dans un tableau. L’effort de Nestlé devrait pouvoir se lire aussi clairement.

Sources

  1. Préfecture des Vosges - arrêtés sécheresse 2026 et documents associés
  2. Arrêté ministériel du 30 juin 2023 modifié - articles 1 à 5, version consolidée sur AIDA-Ineris
  3. Arrêtés préfectoraux du 19 octobre 2022 - recueil des actes administratifs, reproduction sur Pappers
  4. Nestlé Waters - position publiée concernant les prélèvements et la nappe des GTI